Le 11 octobre 2026, une collision frontale entre un TER reliant Luxembourg à Nancy et un train de marchandises faisait six morts à Zoufftgen, à quelques mètres de la frontière luxembourgeoise. Vingt ans après, un ancien cheminot, se souvient de cette journée.
« J’ai laissé tomber la pizza, j’ai laissé tomber les dossiers. J’ai pris tout de suite ma voiture et je suis allé sur place ». Le 11 octobre 2006, Bernard Aubin, ancien cheminot, est tranquillement chez lui lorsqu’un collègue l’appelle pour le prévenir d’un accident grave survenu à la frontière entre la France et le Luxembourg. Il est alors loin d’imaginer l’ampleur de la catastrophe qui vient de se produire à Zoufftgen.
À 11h44, un TER reliant Luxembourg à Nancy et un train de marchandises circulant en sens inverse entrent en collision frontale. Une des deux voies est neutralisée pour des travaux. Les deux convois se retrouvent sur l’unique voie ouverte à la circulation, dans une courbe forestière. Tous deux roulent à près de 80 km/h.
À l’annonce de l’accident, l’ancien cheminot décide de se rendre sur place. Une décision qui ne doit rien au hasard : il est alors chargé de suivre la sécurité des circulations ferroviaires. « J’y suis allé à reculons. Je ne suis pas un grand amateur de ce genre d’accident », confie-t-il. Mais pour lui, il est de son devoir de constater les faits de ses propres yeux.
« Un véritable spectacle de désolation »
À mesure qu’il approche du lieu de la collision, le choc est immense. « Au loin, on voyait déjà dans la brume se dégager le profil des deux trains qui s’étaient enchevêtres. Et au fur et à mesure qu’on approchait, on a pu mesurer vraiment l’ampleur du drame. »
La première voiture du TER est presque entièrement broyée. La cabine de conduite du train de marchandises est écrasée et un wagon de fret se retrouve à cheval sur une voiture du train de voyageurs. Le convoi de marchandises a également partiellement déraillé.
Autour des épaves, les secours s’activent. Des centaines de pompiers et de secouristes français et luxembourgeois interviennent pour tenter de sauver les victimes. Des ambulances affluent, un hélicoptère survole la zone et les équipes découpent les tôles déformées pour accéder à l’intérieur des trains.
Le bilan est lourd : six personnes perdent la vie, quatre Français et deux Luxembourgeois, parmi lesquelles les deux conducteurs. Deux personnes sont grièvement blessés et quatorze autres sont blessées ou choquées.
« C’était vraiment un spectacle de désolation totale, un spectacle qui marque les esprits, un spectacle qui choque », se souvient-il. « Car pour celui qui connaît les rouages du système ferroviaire, une telle collision ne devrait tout simplement pas être possible. »
Une « erreur humaine »
Au-delà de l’émotion, l’ancien cheminot cherche aussi à comprendre. Son expérience dans le domaine de la sécurité ferroviaire lui permet de saisir immédiatement les enjeux techniques de l’accident.
Sur cette portion de voie, des installations sont précisément conçues pour empêcher deux trains de circuler l’un vers l’autre. Lorsqu’un train est autorisé à s’engager dans un sens, les signaux destinés aux circulations en sens inverse doivent rester fermés. Et si un conducteur franchit malgré tout un signal fermé, des dispositifs automatiques sont normalement prévus pour arrêter le train.
L’enquête franco-luxembourgeoise, dont les conclusions sont rendues en février 2009, retient une erreur humaine comme cause directe de la collision. Selon le rapport, l’agent du poste d’aiguillage luxembourgeois a autorisé le conducteur du TER à franchir un signal fermé sans avoir effectué les vérifications réglementaires préalables.
Crédit photo : Bernard AUBIN
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