Routes dégradées, fuites d’eau, ponts fragilisés… À quelques semaines des élections municipales, le secteur des travaux publics tire la sonnette d’alarme.
À l’occasion d’une conférence de presse, Thierry Ledrich, président de la Fédération des Travaux publics (FTP) Lorraine et de la Fédération régionale des Travaux publics (FRTP) Grand Est, a rappelé le rôle fondamental de ces infrastructures, tout en pointant une situation économique tendue à court terme. Contrairement au BTP, secteur strictement privé, les travaux publics relèvent du service public, même lorsqu’ils sont réalisés par des entreprises privées. Ils concernent les réseaux essentiels à la vie quotidienne : eau potable, assainissement, voirie, électricité ou encore éclairage public. « Les infrastructures sont la colonne vertébrale du quotidien des Français », résume Thierry Ledrich, évoquant « l’horizontal qui relie le vertical ».

C’est un poids économique majeur mais qui est fragilisé. Le secteur des travaux publics représente 50 milliards d’euros de chiffre d’affaires, soit 2 % du PIB français, et emploie 300 000 salariés en France, dans des métiers non délocalisables. En Lorraine, 12 500 personnes travaillent dans la filière, qui pèse environ la moitié de l’activité du Grand Est. Mais cette économie repose largement sur la commande publique. Le bloc communal représente plus d’un tiers du chiffre d’affaires du secteur. Or, à chaque échéance électorale, le même scénario se répète. « Tous les six ans, on connaît le même problème systémique. En période électorale, les collectivités ne sont plus en mesure de passer commande », constate le président de la FTP Lorraine.
Un phénomène accentué par les souvenirs encore vifs de 2020, lorsque le report du second tour des municipales, en raison du Covid, avait fortement pénalisé l’activité. « On ne veut pas revivre une année handicapée par le calendrier électoral », prévient-il.
À l’approche des municipales, la fédération alerte. Objectif : permettre aux futures équipes municipales d’être opérationnelles dès leur arrivée. « On travaille en amont, on établit des guides pour que les nouveaux élus, parfois peu aguerris aux enjeux des infrastructures, puissent lancer les travaux dès le premier jour », explique Thierry Ledrich. Car les besoins sont immenses. L’investissement public est en nette baisse, alors même que les infrastructures vieillissent. « Les gens le voient tous les jours : routes abîmées, fuites d’eau, réseaux à bout de souffle », analyse-t-il.

Une étude récente de l’Institut Terram confirme cette préoccupation par les chiffres. 88 % des Français souhaitent que l’eau et la voirie soient au cœur des priorités municipales, et plus d’un sur deux veulent même que ce soit la priorité numéro un. 59 % préfèrent rénover les réseaux existants plutôt que d’inaugurer de nouveaux équipements. « Ça nous rassure, car les travaux devraient suivre », analyse le président de la FRTP Grand Est qui pense que « La période des coupés de rubans est révolue ».
Une vision à long terme
Pour Thierry Ledrich, le problème n’est pas tant l’argent que la hiérarchisation des priorités. « Le financement existe. C’est avant tout un choix politique », insiste-t-il. « Les travaux publics ne sont pas une dépense perdue, mais un investissement rentable sur le long terme ». Il prend l’exemple des réseaux d’eau. Chaque année, 1 milliard de mètres cubes d’eau, soit près de 20 % de la production, se perd dans le sol. Une perte estimée à 4 milliards d’euros par an. « En rénovant les canalisations, on crée de la valeur, on entretient un patrimoine, on fait du bien à la planète et on évite de gaspiller de l’argent ».
Même logique pour la voirie : des routes en bon état permettent jusqu’à 10 % d’économie de carburant, tandis que la rénovation de l’éclairage public génère des économies d’énergie significatives.

Des signaux sont envoyés aussi pour les routes et les inondations où 3 leviers sont à mettre en avant pour devenir efficace face aux risques naturels : la renaturation pour permettre à l’eau de circuler correctement, la gestion de l’assainissement et dimensionner correctement les réseaux, et pour finir, faire en sorte que la route absorbe l’eau à travers la Gestion Intégrée des Eaux Pluviales (GIEP).
Des signaux d’alerte aussi pour les ponts et et les routes. La question de la sécurité des infrastructures est centrale. À la suite du drame du pont de Gênes en 2018 « un plan national a été lancé .» En France, un pont sur quatre présente aujourd’hui des problèmes de sécurité.
Un court terme difficile mais une vision à un long plus positive. Si le secteur redoute une période d’« apnée » entre 2026 et l’été 2027, Thierry Ledrich reste confiant. « Il ne peut pas y avoir de civilisation sans travaux publics », insiste-t-il. Mais il met en avant un autre défit : l’image des métiers, encore trop souvent méconnus, et la complexité administrative. « La suradministration nous tue », déclare-t-il avec dépit en appelant à « sanctuariser les dépenses d’investissement ».
(Image d’illustration)
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