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« Notre travail, c’est d’éveiller l’esprit critique » : l’Université de Lorraine doit-elle bannir les conférences politiques ?

Les conférences politiques jugées à risque seront désormais interdites dans les établissements universitaires. Une annonce gouvernementale tombée mercredi 18 février 2026 et qui fait suite à la mort du militant identitaire Quentin Deranque en marge d’une conférence à Sciences Po Lyon. Alors à l’Université de Lorraine, comment faire pour garantir l’équilibre entre liberté d’expression et maintien de l’ordre ?

Depuis un an, les violences politiques se sont intensifiées à l’Université de Lorraine. À Nancy, un étudiant avait reçu trois jours d’ITT après avoir été agressé par un groupuscule d’extrême droite à la sortie d’un cours de sport. De l’autre côté, un étudiant syndicaliste de droite a reçu du gaz lacrymogène, probablement par un militant d’extrême gauche.

« Ce qui se passe dans la société autour de nous, on le retrouve à l’université », argumente Hélène Boulanger, présidente de l’Université de Lorraine, « l’université qui est un lieu de débat, contradictoire, argumenté, qui est aussi un lieu d’expression ».

Circulaire sur les conférences politiques : la position de l’Université de Lorraine

Pourtant, en réaction à la mort d’un militant identitaire à Lyon, le gouvernement a transmis, mardi 17 février 2026, une circulaire pour interdire les conférences politiques jugées à risque dans les établissements universitaires.

« Nous, notre travail, c’est d’éveiller l’esprit critique », assure Hélène Boulanger, présidente de l’Université de Lorraine, « donc partir du principe qu’on n’invitera plus jamais de personnalités du monde politique dans les universités me paraît être absurde. En revanche, apprécier au cas par cas les risques de troubles à l’ordre public associés à chaque événement, c’est notre travail ».

Un prétexte pour renforcer l’aspect sécuritaire, selon l’UNEF

En cas d’avis défavorable de l’Université de Lorraine quant à la tenue d’une conférence, ce sera au juge administratif de trancher. Une garantie qui ne rassure pas l’Union nationale des étudiants, qui voit dans cette circulaire un outil de censure politique.

Célia Lejal, vice-présidente de l’UNEF Lorraine, argumente : « Cette circulaire, elle a ce but-là de pouvoir annuler des événements politiques sans aucun motif autre qu’éventuellement ça pourrait mal se passer. Le gouvernement, les présidences d’universités se servent de cet événement-là pour renforcer l’aspect très sécuritaire sur les facs, l’aspect très répressif aussi. »

Le syndicat étudiant de gauche appréhende que cette circulaire soit un pas de plus vers la fin de la franchise universitaire, statut dont bénéficient les universités et qui empêche l’intervention des forces de l’ordre sans accord préalable.

« La violence, ça tue la politique »

De l’autre côté du spectre, l’Union nationale inter-universitaire (UNI), syndicat étudiant réactionnaire, se désole de l’impact que peut avoir ce climat délétère sur la vision qu’ont les étudiants de la politique. « Ce n’est pas un bon message à envoyer aux étudiants en disant « voilà ce à quoi la politique amène » », déplore Théo Artioli, référent de l’UNI à Metz, « c’est un événement dont tout le monde doit tirer des leçons. On a une responsabilité vis-à-vis des gens qui militent, on a une responsabilité vis-à-vis du public. On ne tolérerait pas que n’importe qui soit pris dans une rixe, que ce soit un militant, que ce soit un autre étudiant. C’est parfaitement intolérable. La violence, ça tue la politique. »

Alors qu’en pensent les étudiants ? Faut-il continuer de parler de politique sur les campus ? Camille, étudiante au Saulcy, tient à la confrontation d’idées : « Il faut juste qu’on puisse s’exprimer chacun de notre côté, chacun pouvoir dire ce qu’on veut dire, sans que ça mène à des énormes débats qui mèneront à de la violence. »

Hélène Boulanger confie s’attendre à recevoir des demandes d’organisation de conférences politiques prochainement, une façon, selon elle, de « la tester ». 

Florent Arnold
Florent Arnoldhttp://www.moselle.tv
Journaliste Reporter d'Images

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