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« 10 ans sans revalorisation ». Les ambulanciers privés de Moselle veulent une aide d’urgence

Les ambulanciers privés organisent une journée blanche ce 8 avril dans toute la France comme en Moselle pour dénoncer la non revalorisation du forfait urgence pré-hospitalière, tarif inchangé depuis 2018. Anthony Poirel, délégué régional de la Chambre Nationale des Services d’Ambulance (CNSA) nous explique.

Il manque 300 millions d’euros, en France, pour transporter les patients dans des conditions décentes. Autant dire que le secteur du transport sanitaire privé de Moselle n’a pas manqué le coche pour dénoncer la situation en s’alliant à la journée de grève organisé ce 8 avril par la CNSA. « Au niveau national, il faut savoir qu’en 2025, la chambre a recensé 33% d’augmentation de défaillance d’entreprises de transport sanitaire. Donc des fermetures, des liquidations, ce qui n’arrivait jamais avant. Et malheureusement, le premier trimestre 2026 serait sur la même lancée » explique Anthony Poirel, délégué régional CNSA.

Les coûts des sociétés de transports sanitaires privés, en France, s’élèvent à 500 000 000 d’euros, à la charge de l’Assurance Maladie. Mais selon la CNSA, il reste 60 millions d’euros de charges supplémentaires pour des prestations réalisées mais non payées (temps d’attente entre deux missions, tâches administratives) mais aussi un surcoût lié au carburant d’environ 40 millions d’euros, soit 20% d’augmentation sur un mois. « Il y a aussi les délais de paiement de certains hôpitaux, pouvant parfois atteindre une année. Cela fragilise encore un peu plus la trésorerie des entreprises ».

En Moselle aussi, les ambulanciers veulent être revalorisés

La situation au national n’épargne par notre département. Pour rappel, en France, les ambulances privées représentent 60 000 collaborateurs qui, « risquent de perdre leur emploi si on continue comme ça« . Les entreprises de transport sanitaire représentent 32 millions de transports programmés et 3 millions de missions dites d’urgence, à la demande du SAMU. « Donc au bout du compte, c’est le patient qui n’aura plus accès à ses soins. C’est pour ça que la situation est extrêmement grave aujourd’hui« , ajoute Anthony Poirel.

En Moselle comme ailleurs, ce qui est pointé du doigt par les ambulanciers, c’est surtout la non-revalorisation du forfait « urgence pré-hospitalière ». D’après les données communiquées par la Chambre Nationale des Services d’Ambulance, les tarifs n’ont pas bougé depuis 2018. « D’ailleurs, en 2018, le tarif était basé sur des éléments de 2016. Donc nous pouvons même parler de dix ans de non-revalorisation de notre tarif. Et entre temps, la situation a bien évolué côté économique avec le covid, l’inflation et maintenant le carburant » explique Anthony Poirel.

L’urgence pré-hospitalière, c’est lorsque les ambulanciers sont missionnés par le SAMU pour des interventions d’urgence. Et c’est une grande partie des interventions des ambulanciers privés. En France, et notamment dans le Grand Est, une ambulance et son équipage sont mise à disposition du SAMU 24h/24, 7j/7. « C’est 64 euros de l’heure pour une ambulance équipée avec 2 professionnels de santé à bord, soit 16 euros par quart d’heure. En comparaison, 16 euros c’est ce que je paye en moyenne pour une coupe de cheveux en 15 minutes » évoque Anthony Poirel pour souligner le fait que la tarification n’est plus du tout en adéquation avec la réalité économique. « Depuis plus de dix ans, on demande la mise en place d’une gouvernance du transport sanitaire, et une aide d’urgence pour revaloriser ces tarifs« . La demande est claire : débloquer un fond d’urgence et ouvrir de nouvelles négociations avec l’Assurance maladie.

Une grève mais sans prendre les patients en otage

Que les usagers se rassurent, la mobilisation des ambulanciers privés de la CNSA se veut responsable. Pas de blocage, d’opération escargot, mais un mouvement symbolique ! « Les ambulanciers n’assureront pas l’urgence pré-hospitalière (SAMU) en théorie, mais au besoin pourront être réquisitionnés même s’ils sont en grève. Ce qui signifie finalement qu’il n’y aura pas de conséquences pour les patients« . En parallèle, le deuxième axe de cette mobilisation, est de ne plus assurer les retours à domicile des services d’accueil d’urgence ou des services des établissements de soins. « Et là, encore une fois, le patient reste en toute sécurité dans un établissement où il peut recevoir ses soins« . 

Pour découvrir l’entretien complet d’Anthony Poirel, délégué régional de la CNSA : Moselle Info du 7 avril !

Uranie Tosic
Uranie Tosichttp://www.moselle.tv/
Rédactrice en chef de Moselle TV.

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