Flambée des prix des carburants et désormais ruptures dans certaines stations : en Moselle, la crise pétrolière déclenchée suite à la guerre au Moyen-Orient se fait concrètement ressentir.
Est-ce le moment ou jamais d’abandonner la voiture ? C’est la question que je me suis posée en regardant le prix de mon plein d’essence. 90 euros au compteur, onze de plus qu’avant la guerre au Moyen-Orient, alors que le salaire stagne.
Une flambée des prix des carburants et à présent, les ruptures dans les stations ne sont plus rares. Les Mosellans désespèrent face à cette situation. « J’ai mis 39 litres et j’en ai eu pour 83 euros, je pense que c’est 30-40 balles plus cher », se désole Olivier, la main sur la pompe.
De l’autre côté de la station, même constat pour Didier : « Avant je mettais 84 euros. Maintenant vous allez voir, je vais mettre 100 euros. Et ce n’est pas tout à fait plein. Donc une belle augmentation, mais on n’a pas le choix. » « Là vraiment, c’est insupportable », résume Claire, pour qualifier cette crise.
Le moment ou jamais d’abandonner la voiture en Moselle ?
Alors si cette situation est « insupportable » pour les Mosellans, cela ne leur donne-t-il pas envie d’abandonner la voiture au profit des transports en commun ?
Claire reprend : « Si, mais faut-il encore que les transports en commun passent dans le village, qu’il y ait des infrastructures. Donc s’il faut prendre une voiture pour aller prendre le bus, ben c’est pas bien étudié. » Une longue file d’attente s’est formée à l’entrée de la station Totale de Longeville-lès-Metz. Magalie nous répond en attendant son tour, les transports en commun ne lui semblent pas assez attractifs : « C’est toujours le prix, c’est toujours une question de tarifs au niveau des billets. »
Qu’est-ce qui leur ferait abandonner la voiture au profit des transports en commun ? « Si le prix du carburant augmente encore, là on va devoir y réfléchir sérieusement », admet Pauline, regardant le prix s’envoler sur l’écran de la pompe.
Dans le paysage politique, nombreux sont les appels aux blocages des prix ou aux ristournes sur le carburant. Mais on le voit, les Mosellans ne sont pas réticents à se reporter sur les transports en commun. Pourtant, malgré l’urgence pour leur porte-monnaie, ils ne franchissent pas le pas.
Il ne s’agit pas que de pouvoir d’achat, mais également d’écologie
On a tendance à l’oublier, l’enjeu premier du report modal, c’est-à-dire de passer de sa voiture aux transports en commun, c’est l’urgence environnementale et sanitaire. L’année 2025 a été marquée par 12 jours de procédure réglementaire d’alerte à la pollution atmosphérique dans le Grand Est.
Dans notre région toujours, 3 900 décès pourraient être évités chaque année si les niveaux de particules fines respectaient les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé. Presque 1 000 morts de plus que la totalité des personnes tuées sur les routes de France métropolitaine en 2025, selon les chiffres de l’Observatoire national interministériel de sécurité routière.
Comment convaincre les Mosellans de se reporter sur les transports en commun ?
On l’a vu dans le micro-trottoir, c’est une question de tarifs et d’infrastructures. Éliane Romani, conseillère régionale, présidente du groupe Les Écologiste Grand Est, dénonce les augmentations successives des tarifs des trains décidées par la Région Grand Est.
Elle énumère : « Septembre 2023, plus 4 %. Janvier 2024, plus 3 %. Janvier 2025, plus 3 %. Janvier 2026, plus 5 % des abonnements TER et 50 % de la carte Fluo. On voit bien que cette façon de faire ne favorise pas l’usage du train et pénalise des usagers, en particulier ceux qui veulent prendre le train pour se rendre à leur travail. »
Alors pour inverser la tendance, Éliane Romani annonce : « Nous appelons à une modification tarifaire d’urgence, étant donné le contexte que vivent nos concitoyens. » La conseillère régionale n’a pas attendu cette crise pétrolière pour plaider pour une politique tarifaire plus accessible, et selon son groupe, la Région pourrait compenser les pertes induites en percevant le « versement mobilité ».
Sollicitée, la Région Grand Est rétorque que le premier critère de choix des transports collectifs, c’est l’offre, « et sur ce point, la Région agit de manière continue et concrète. Depuis 2015, l’offre de transports a fortement progressé avec 27 % de trains en plus ». La conseillère régionale écologiste interviendra sur ce sujet en commission permanente le 9 avril.
Finalement, qu’en est-il de notre question initiale ?
En Moselle, face à l’A31 bis qui s’enlise, on en a des idées ambitieuses concernant la mobilité du futur : de l’hydrogène au monorail surplombant l’autoroute. Je vous renvoie à ma première chronique à ce sujet.
Alors est-ce que c’est le moment ou jamais d’abandonner la voiture ? On l’a vu, oui, mais il reste de nombreux freins.
Par contre, c’est évident que c’est le moment ou jamais d’encourager le report modal en rendant les transports en commun attractifs.
« Personne ne devrait être victime de la flambée des prix », plaidait Juras Taminskas, le ministre lituanien des Transports et des Communications. En réponse, du 1er avril au 31 mai, les Chemins de fer lituaniens divisent par deux le prix de tous les billets de train.



