Il y a tout juste 10 ans naissait à Montenach, petite commune de 500 habitants, le Domaine de la Klauss. Ce qui était pour beaucoup une folie au départ, est devenu une réussite étincelante. L’établissement se place aujourd’hui comme une référence mondiale de l’hôtellerie de luxe, sans perdre son identité familiale. Retour sur cette histoire hors du commun.
Aurélia connaît la maison par cœur. Arrivée une semaine après l’ouverture, en 2016, elle a vu le Domaine de la Klauss grandir année après année. Aujourd’hui, à la tête d’une équipe de trois personnes, l’enthousiasme est intact. « J’aime vraiment ce que je fais, raconte la directrice Gestion & Administration. Le lundi matin, je suis contente de venir travailler. C’est l’esprit d’entreprise de la famille Keff. Il y a des idées tous les mois, des projets toutes les années. En dix ans, c’est incroyable comment on a évolué. Ça a grandi de manière exponentielle ».
Une réussite sur laquelle peu auraient parié à la naissance du projet. Car l’histoire du Domaine commence loin d’ici, à 37 000 pieds d’altitude. Pilote de ligne, Alexandre Keff s’inquiète de voir certains de ses collègues perdre leur licence médicale. Immobilier, bourses, magasins, il lui faut un plan B. C’est finalement dans l’hôtellerie, comme une évidence, que le Mosellan jette son dévolu. « Je me suis dit qu’il y avait juste à construire un hôtel à côté du restaurant de l’Auberge de la Klauss, le restaurant traditionnel familial, et de partir de ce socle de clientèle pour alimenter cet hôtel », se souvient le propriétaire. Un projet qui inquiète les banques comme l’entourage. Les business plans ne suffisent pas à convaincre. Face aux refus, Alexandre Keff décide d’avancer seul, quitte à tout risquer. « Il y a eu un moment où j’ai tout foutu à la poubelle. Je me suis dit tant pis, je commence avec des financements personnels. J’ai fait des crédits persos partout où j’ai pu, en France, au Luxembourg. Je me suis surendetté pour démarrer les travaux ».
Un esprit familial
La famille Keff se mobilise pour ériger un hôtel aux allures de château moderne, construit avec les pierres extraites des collines de Montenach. Quatre années de chantier seront nécessaires avant l’ouverture, en janvier 2016. Les débuts sont difficiles. Ils ne sont qu’une quinzaine pour faire tourner l’établissement. Alexandre, lui, est partout. « J‘étais technicien, barman, au petit-déjeuner, un peu tout et rien. Oui, on en a chié, pardon l’expression. On a vraiment pris cher. Aujourd’hui, on est plus de cent ». Un management par l’exemple, qui marque durablement l’identité du Domaine de la Klauss.
C’est pour ces valeurs que Benoît Potvin rejoint l’aventure en 2017, à la tête du restaurant gastronomique Le K. « Quand Alexandre m’a dit la première fois que je l’ai eu au téléphone avant notre entretien : “Venez dimanche, prenez le petit et son maillot de bain”, j’ai tout de suite compris. C’est un patron, oui, mais surtout quelqu’un de très humain ». Ici, l’humain n’est pas un concept marketing. Il guide les équipes comme la relation client. L’exigence n’exclut jamais la proximité. « La ligne de conduite, c’était simple : faire plaisir à nos clients », expose le chef étoilé. Une philosophie qui pousse à ne jamais se reposer sur ses acquis. « Pour maintenir ce qu’on a aujourd’hui, il faut toujours viser plus haut. Comme un sportif qui veut toujours faire mieux que la saison précédente ».
98% de remplissage
Cette exigence se traduit par une montée en gamme constante. En 2024, le restaurant Le K décroche une étoile Michelin. Presque chaque année apporte son lot de nouveautés : suite panoramique Simone en 2018, piscine extérieure en 2019, restaurant bistronomique le Komptoir en 2022, bar immergé et paillote estivale en 2023. Bref, des projets qui font aujourd’hui de l’hôtel, une référence au niveau international. À tel point qu’il a reçu en 2025 une flopée de distinctions. Mais la vraie récompense vient pour sûr de la clientèle. L’année dernière, l’établissement a enregistré un taux de remplissage de 98%. Tout simplement ahurissant. « On est du coin, on a vu le lieu grandir. Quand on veut passer un bon moment, pour le spa ou la restauration, on vient ici, explique Guillaume, client régulier. C’est cosy, chaleureux, on décroche vraiment. »
Un luxe qui a toutefois un prix, entre 200 et 500 euros la nuit. Un luxe appelé à se développer encore, avec l’extension du spa. Des tarifs à la hauteur des prestations. Elles vont d’ailleurs continuer de se multiplier dans les prochaines années. « Aujourd’hui, le spa fait 800 m². Il va passer à 3 000 m², avec plusieurs bassins, une grotte de sel et des espaces de repos, pensés pour rester intimes », présente Mathilde Keff. D’ici 2027, le Domaine de la Klauss prévoit l’un des plus grands spas d’Europe, une clinique esthétique, un salon de thé-pâtisserie et douze nouvelles suites, toutes équipées d’un jacuzzi. La famille Keff voit les choses en grand. D’un pari jugé fou à un succès sans conteste, à Montenach, le luxe décontracté a trouvé son écrin. Et manifestement, l’histoire ne fait que commencer.
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