À partir du 1er septembre, une nouvelle mesure gouvernementale pourrait bouleverser le quotidien des pharmacies, qui annoncent une grève ce samedi. En cause : un arrêté réduisant les remises commerciales accordées par les laboratoires pharmaceutiques sur les médicaments génériques. Dans le Grand Est, les représentants de la profession alertent sur les conséquences économiques et sociales.
Ce samedi 16 août, une journée de fermeture symbolique est organisée chez les pharmacies pour alerter les pouvoirs publics. En cause : la réduction de la marge sur les médicaments, mesure que le gouvernement justifie par des économies budgétaires. Un communiqué de l’USPO (Union des Syndicats de Pharmaciens d’Officine) indique que 92% des pharmacies françaises sont fermées ce samedi : « Face à cette décision unilatérale, injuste et dangereuse pour l’avenir du maillage des pharmacies, avec le soutien unanime des groupements pharmaceutiques. Dans un grand nombre de territoires, 100% des pharmacies seront fermées. »
Pour Christian Barthe, président du Conseil régional de l’Ordre des pharmaciens du Grand Est, « c’est tout simplement en réaction aux mesures gouvernementales qui sont annoncées et qui sont assez catastrophiques pour la profession d’un point de vue économique ». Il explique que la marge sur le médicament, activité principale des pharmacies, est essentielle, surtout dans les zones rurales où elle représente jusqu’à 80 % de l’activité. « Si les pharmacies n’arrivent plus à vivre de leur activité principale, on court à la catastrophe », prévient-il.
René-Pierre Clément, président de l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine pour le Grand Est, va plus loin : « On va faire les poches des pharmaciens d’officine au profit de l’industrie pharmaceutique. On récompense des actionnaires internationaux en détroussant des emplois qui sont en France. »
Des fermetures de pharmacies de plus en plus fréquentes
Les chiffres sont « inquiétant« . Une pharmacie ferme en France tous les trois jours, soit 2 000 officines perdues sur une période de 10 ans d’après le pharmacien de Thionville, René-Pierre Clément. Avec la réforme, les syndicats estiment que 6 000 pharmacies sont menacées, et particulièrement dans les communes rurales.
Dans le Grand Est, une quinzaine d’officines ferment déjà chaque année. « Avec ces nouvelles mesures, on court à la catastrophe, ça va être multiplié par deux ou trois », prévient Christian Barthe. La Moselle n’est pas épargnée dernièrement par la fermeture de pharmacie à Petite-Rosselle ou Hayange par exemple.
La conséquence directe pour les habitants serait un accès aux soins plus difficile. « On a déjà des déserts médicaux, on va rajouter des déserts pharmaceutiques », alerte Christian Barthe.
Un impact économique important
Les pharmaciens expliquent que cette marge supprimée leur servait à payer leurs salariés, investir dans leur matériel ou moderniser leur officine. « Demain, il va falloir que vous fassiez la même chose qu’aujourd’hui, mais avec moins », résume René-Pierre Clément, qui rappelle aussi l’augmentation des charges fixes et des salaires, notamment avec la crise que traverse le monde actuellement.
À compter du 1er septembre, un arrêté fixera à 30 % le plafond des remises commerciales que les laboratoires peuvent accorder aux officines, avant de descendre progressivement à 20 % en 2027. Pour les petites structures, cela pourrait signifier des licenciements voire plus « C’est la première échelle d’économie pour nos petites entreprises », indique Christian Barthe.
Quand est-ce que les pharmacies seront en grève ?
Après la journée du 16 août, où certains membres de la profession ne sont pas très ravis de cette date choisie, notamment dû à l’Assomption la veille, les syndicats prévoient une fermeture nationale le 18 septembre, puis une grève des pharmacies tous les samedis à partir du 27. Le mouvement pourrait s’intensifier si les discussions avec le gouvernement n’aboutissent pas.
Malgré cette mobilisation, les pharmaciens assurent ne pas vouloir se mettre à dos leurs patients. « Ce n’est pas contre eux qu’on en a, c’est bien contre cette mesure gouvernementale injuste », insiste Christian Barthe.
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