La Française de l’énergie demande une nouvelle fois l’autorisation d’exploiter le gaz de couche en Moselle-Est. Un projet qui continue de diviser autour des enjeux énergétiques et de la protection de l’eau.
C’est une lettre qui pourrait relancer le droit d’extraire du gaz de couche dans la concession « Bleu Lorraine« , près de Folschviller. Dans une situation de crise énergétique, la Française de l’énergie affirme directement au président de la République que des réserves seraient prêtes à être exploitées, et pourraient, selon elle, commencer à approvisionner des consommateurs français avant la fin de l’hiver, sous réserve de l’obtention de l’autorisation d’exploitation.
Pour Yann Fouant, Chargé des relations publiques à la Française de l’énergie, l’exploitation de ce gaz local permettrait notamment de réduire la dépendance de la France aux importations. « Aujourd’hui, en France, on importe 35% du gaz en provenance des États-Unis. On parle de gaz de schiste, c’est une catastrophe en termes d’écologie. Ce qu’on propose aujourd’hui, c’est un gaz local avec un impact carbone quasiment dix fois moindre que le gaz de schiste importé. Donc on ne comprend vraiment pas la raison du blocage, alors qu’on va dans le sens de l’économie, on va dans le sens de la souveraineté énergétique du pays. »
C’est cette possibilité d’exploitation qui fait débat depuis plusieurs années. Des organismes habilités étaient venus certifier le volume de gaz en place, correspondant à près de 5% de la consommation nationale annuelle. Pourtant, il y a moins d’un an, le projet a été interdit par le Conseil d’État. Des opposants craignaient notamment une pollution des nappes phréatiques dans cette concession de 191 km².
Pour les opposants au projet et Anaëlle Lantonois, membre de l’Apel57, le contexte énergétique actuel ne justifie pas une nouvelle autorisation. « On sent très clairement que l’entreprise profite du contexte pour faire pression et tenter d’obtenir le permis. Sauf que ce qui est objectif, factuel, ce qui ne change pas, c’est que ça fait 20 ans que l’entreprise fait des recherches pour extraire le gaz et qu’elle n’a pas trouvé de technique pour extraire ce gaz en quantité commercialisable, que l’État a déterminé et a refusé le permis parce que le gisement n’est pas exploitable et que ça poserait de trop gros risques sur la ressource en eau dans la région. »
Moselle-Est : le projet d’exploitation du gaz de couche de nouveau au cœur des débats
Depuis, la Française de l’énergie a lancé un appel en rectification pour erreurs manifestes, dans l’optique de récupérer l’autorisation d’exploitation. L’entreprise défend de son côté une méthode qu’elle présente comme différente de la fracturation hydraulique et assure que les opérations peuvent être réalisées dans un cadre réglementé.
Yann Fouant développe : « Il faut savoir que le forage en France, avec le nucléaire, sont les activités les plus réglementées. Dans le cadre de l’appel en rectification d’erreurs manifestes qui a été fait auprès du Conseil d’État, on redocumente la façon de forer, les opérations positives qu’on a pu avoir, notamment les toutes récentes : on vient de forer à 3 655 mètres de profondeur pour de l’hydrogène naturel, on a traversé les mêmes nappes phréatiques, on a traversé les mêmes charbons, et pour autant il n’y a eu aucune opposition par rapport à cette activité. Il y a un moment où il faut arrêter l’hypocrisie. »
Un argument qui ne convainc pas les opposants, qui contestent notamment la possibilité d’une exploitation à grande échelle. « Les services de l’État ont instruit le dossier et sont arrivés à la conclusion qu’une exploitation n’est pas possible. L’entreprise a fait un recours, le Conseil d’État est arrivé aux mêmes conclusions. Aujourd’hui l’entreprise n’a pas le permis et elle essaie de faire pression pour l’obtenir pour des raisons financières, mais financières pour elle… Pour le consommateur final, encore une fois, ça ne changera rien. »
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