Un homicide conjugal a été constaté à Sarreguemines (Moselle), mardi 5 mai 2026. Un féminicide suivi d’un suicide est suspecté. Vingt-quatre heures après les faits, le procureur de la République Olivier Glady dresse pour Moselle TV un premier portrait de ce couple.
Mardi 5 mai 2026, en début d’après-midi, un couple a été retrouvé mort à Sarreguemines (Moselle). Un féminicide suivi d’un suicide de l’époux est suspecté. Alors que les plaies de couteau sur le corps de l’épouse laissent supposer l’intervention d’un tiers, celles sur celui de l’époux semblent avoir été auto-infligées.
Des signaux de violences psychologiques au sein du couple se dessinent, d’après les premiers éléments livrés aux autorités par l’entourage de la famille. Olivier Glady, procureur de la République de Sarreguemines, esquisse un premier portrait de ce couple à Moselle TV.
Des signaux de violences psychologiques au sein du couple
Près de vingt-quatre heures après les faits, la police de Sarreguemines, à qui a été confiée l’enquête, poursuit son travail de collecte de renseignements auprès des proches de la famille.
Les premiers éléments de l’enquête d’environnement soulignent « la jalousie assez extrême de l’homme du couple », ainsi que « sa possessivité exacerbée à l’égard de son épouse », informe le procureur. Après avoir appris le drame, la meilleure amie de l’épouse a rapporté aux enquêteurs que l’époux « cherchait à surveiller » sa femme « dans de nombreux aspects de la vie habituelle ».
« Les signaux de violences psychologiques semblent se dessiner à mesure de l’enquête d’environnement », déclare Olivier Glady. Il s’avance : « Ces témoins-là vont certainement nous fournir les éléments d’un portrait familial qui doit être empreint de violences psychologiques » de la part de l’homme du couple envers la femme.
« C’est une famille de niveau social plutôt élevé »
D’après le procureur, les recherches entreprises à hauteur du commissariat de police de Sarreguemines au niveau du tribunal judiciaire de Sarreguemines « n’ont pas permis de relever la trace de la moindre plainte ou de la moindre enquête […] concernant des violences intrafamiliales qui auraient pu être rapportées par l’épouse à la connaissance des autorités ». Les antécédents judiciaires du mari, suspecté de l’avoir tué, sont également « néant ».
Quant au milieu socioprofessionnel du couple, c’était « une famille de niveau social plutôt élevé, Madame [ayant la binationalité franco-allemande] avait un poste d’encadrement dans une entreprise en Allemagne. »
Un schéma « classique » des féminicides ?
Au vu de ce premier portrait esquissé – un couple d’apparence bien intégré, mais qui révèle des violences psychologiques en privé –, nous trouvons-nous dans un schéma « classique » menant à un féminicide ?
« Il n’est pas toujours évident de parler d’un schéma classique, et je pense qu’en réalité il peut y avoir plusieurs schémas », répond Olivier Glady, qui évoque « des emprises » qui peuvent « très rapidement céder la place à des brutalités, voire à des violences et, dans le pire des cas, comme celui d’hier, à une issue fatale ».
Il précise : « Dans la situation de Sarreguemines, d’hier, nous avons une famille qui était hors de tous les radars de quelque institution que ce soit. Judiciaire au premier titre, policière au premier chef, mais a priori également méconnue, ignorée, des administrations sociales, d’associations de soutien aux femmes violentées, d’associations d’aides aux victimes, d’intervenantes sociales et éducatives. »
Engagé de longue date contre les violences intrafamiliales, Olivier Glady analyse : « C’était une famille qui est décrite comme étant très discrète et vivant de façon un peu recluse. Si bien que les drames familiaux de cette nature là et avec cette issue sont rendus possibles par une étanchéité sociale plus ou moins forte. Entre d’un côté la famille où se génère progressivement le drame en puissance, et l’autorité publique capable d’intervenir pour y mettre un terme. […] C’est très difficile d’avoir un œil sur tout le monde, surtout quand de tels drames se fomentent dans un secret familial. »
La thèse du féminicide à Sarreguemines se confirme
Si l’enquête est toujours en cours, la thèse d’un féminicide suivi d’un suicide de l’époux se confirme, indique le procureur. « La découverte s’est faite dans un lieu qui était clos de l’intérieur, de telle sorte que personne n’ait pu y pénétrer ou y demeurer à l’exception des deux protagonistes de la scène ».
Le médecin légiste en charge de la levée de corps, c’est-à-dire l’examen médical externe des dépouilles, a constaté sur les deux corps des blessures par un couteau « qui a été d’ailleurs retrouvé à proximité immédiate de l’époux ». Sur le corps de la femme, on y retrouve « des blessures qui ont été infligées par un tiers ». À l’inverse, « les blessures relevées sur le corps de l’époux semblent auto-infligées. »
Quand pourra-t-on utiliser l’impératif pour qualifier ce drame de féminicide suivi du suicide de l’époux ? « La situation semble assez claire », répond Olivier Glady, « je pense que, dès maintenant, le scénario de ce déroulement-là et de ce contexte criminologique peut être avancé sans trop de doute ».
Quelle est la suite ?
L’enquête d’environnement se poursuit. Sur le plan médico-légal, les constatations effectuées sur place vont être confrontées aux autopsies.
Et ensuite ? Dans la perspective de ce scénario d’un homicide conjugal, « évidemment, le décès du principal suspect est de nature à éteindre l’action publique et de provoquer, in fine, au terme de l’enquête, son classement », explique Olivier Glady.


